Samoht sorti du souterrain le pas lourd, la tête baissée. Après des années de doutes, ses expériences de croisements entre diverses souches de hamsters multicolores avaient enfin porté leur fruits. Il allait pouvoir commencer la finalisation de son chef-d'oeuvre, et dans un an, avec un peu de chance, il serait Maître Artisan. Qui sait, les nouvelles lignées de hamsters feraient peut-être fureur à travers l'Anivers et les Marchands pourraient même lui verser un petit pourcentage. En attendant, la guilde des Artisans de Schch lui avait bien signifié que les quelques escarnais qu'il recevait pour survivre en tant que Compagnon cesseraient de pointer leurs antennes humides à l'entrée du sous-terrain dès l'automne prochain.
Il rentra en ville et jeta un oeil fatigué au squelette de son nouveau modèle de palanquin qui trônait devant sa maison. L'Animon2 était une refonte de l'Animondien, un des tous premiers modèles de palanquin pour jubarte, une mise au goût du jour de cet habitacle qui avait été révolutionnaire en son temps, mais délaissé pour des modèles plus voyants, plus aérodynamiques, réalisés en masse par des Artisans sans génie. L'armature était là, il restait quelques joints à finir pour assurer l'étanchéité célessentielle, mais ce qui manquait cruellement était la décoration. De nos jours, impossible de vendre un palanquin sans une peinture parfaite, des arabesques harmonieuses aux couleurs chatoyantes qui obligeraient les célénautes à se séparer de quelques escarnais. Et Samoht avait trouvé le peintre idéal, un Artisan dont le style représentait parfaitement cette alliance d'ancien et de nouveau, de nostalgie et de subversion. Hélas, le peintre était tout aussi débordé que lui, tâchant de se faire une place dans la guilde, de monter sa propre échoppe. Pas vraiment le temps de se consacrer à des projets annexes, et Samoth ne le comprenait que trop bien. Samoht embrassa l'Animon2 du regard, un sourire de fierté au coin des lèvres, et demanda aux cragonds d'ouvrir la porte. Encore quelques semaines de travail et tout irait mieux...
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